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  • Sophie Caruelle

Bérengère, libérer la parole

Dernière mise à jour : 20 janv. 2021


Bérengère m’accueille un matin, avant ses premiers rendez-vous. Son cabinet n’a ni l’allure d’un local aseptisé, ni le côté impersonnel des lieux médicaux. Aux murs, des photos de contrées éloignées, dans chaque pièce, des meubles chinés ou rapportés de l’étranger, des tissus colorés, et assurément un goût pour la décoration. Bérengère est orthophoniste, et derrière son bureau avec vue sur la forêt, elle nous fait tout autant parler que voyager.


Si petite fille, elle rêvait d’être fleuriste, les expériences de la vie l’ont conduite vers une autre destinée.

À chaque étape de sa scolarité, Bérengère est première de sa classe. Elle reçoit pourtant les louanges de ses parents avec réserve : « Je voulais simplement leur faire plaisir, mais je n’étais pas heureuse à l’école, je me sentais stressée ». Elle se souvient que cette époque était difficile à gérer : « Ils m’ont mis la pression, mais avec du renforcement positif, des félicitations, je ne pouvais que continuer à leur donner satisfaction ». Cette reconnaissance forge toutefois sa personnalité, et notamment la confiance qu’elle s’est par la suite accordée : « Le côté positif, c’est que j’ai toujours cru que je pouvais y arriver ».


Bérengère est élevée par deux sensibilités, relativement opposées. Sa mère, institutrice issue d’une famille catholique, lui apporte une éducation stricte et lui transmet son goût pour la pédagogie. Son père, plus épicurien, « profite de la vie ». Il n’hésite pas à changer régulièrement de métier, et se déplace à l’étranger pour son travail. Du haut de ses 9 ans, la petite fille est admirative de son mode de vie qu’elle trouve « super classe ! ».


Mais Bérengère est aussi confrontée à la maladie d’un de ses proches, et son enfance s’en trouve jalonnée d’incertitude et d’espoir. Les années passent, l’adolescente pratique avec assiduité les cours de danse, et se passionne pour les reportages et documentaires, voyageant à travers son écran télé. À 17 ans, lors d’un séjour de fin d’étude, un accident bouleverse à jamais sa vision du monde. Un de ses meilleurs amis s'éteint à ses côtés. La tragédie marque profondément la jeune-fille, lui faisant prendre conscience que « la vie, c’est maintenant », et qu’il faut profiter au maximum car « on ne sait jamais de quoi demain sera fait ».


Elle entame un cursus paramédical à l’université, afin de se consacrer à la rééducation. Après 2 années de psychologie, elle s’oriente vers un master de logopédie. Ce sont les aspects scientifiques de son futur métier qui lui plaisent le plus. Elle se découvre passionnée par les neurosciences, et écrit un mémoire sur la démence. Après une première expérience professionnelle au sein du milieu hospitalier, elle choisit d’ouvrir son propre cabinet d’orthophonie. Progressivement, elle sélectionne les domaines qui l’intéressent, qui ont du sens pour elle, et collent à ses aspirations et son approche scientifique : les patients souffrant de pathologies génétiques, de sclérose, d’autisme ou de la maladie de Parkinson, les traitements après AVC, ou les problèmes de voix après intervention chirurgicale.

Elle a besoin de relever des challenges tout autant que d’aider les individus à se sentir bien, à aller mieux. C’est un des principaux traits de caractère de Bérengère. Au-delà de son empathie profonde, elle est porteuse de compassion, elle a le désir d’éviter aux autres la souffrance, ce qui est parfois très lourd à assumer : « J’aimerais vivre ma vie simplement, sans me préoccuper autant du sort de chaque personne en détresse que je côtoie ».


Dans sa vie privée, la jeune-femme a souhaité adopter, et c’est avec son ex-mari qu’elle a pu fonder un foyer en accueillant deux bébés, frère et sœur, venus d’Ethiopie. De son immense passion pour les voyages, elle a fait un mode de vie. Elle aime découvrir le monde, « ouvrir son point de vue par rapport à d’autres cultures ». En cela, son métier lui offre une grande liberté : elle travaille de façon indépendante, autonome, s’organise comme elle l’entend et dispose ainsi du temps nécessaire pour partir plusieurs semaines en congés. A l’autre bout du monde, elle loge chez l’habitant, essaie d’être au plus près des populations locales, et de pratiquer un tourisme solidaire. Les photos, le mobilier et les couleurs de son bureau retracent ces moments précieux, ces moments partagés.


L’avenir ? Elle n’a aucune idée de ce à quoi il ressemblera, et préfère se consacrer au moment présent. Elle aimerait, un jour, partir en mission humanitaire, travailler auprès d'enfants, quand les siens seront devenus grands.

Actuellement bénévole au sein d’une association d’aide aux réfugiés, elle discute régulièrement avec ces derniers. Elle se demande alors quelle est sa légitimité pour intervenir dans d’autres pays. Elle s’interroge sur ce qu’elle pourra réellement leur apporter. Car Bérengère porte toujours en elle cette exigence de faire parfaitement ce qu’elle entreprend, et ne conçoit pas de simplement « se sentir utile » si elle ne l’est pas réellement.



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