Rechercher
  • Sophie Caruelle

Caroline, ou la loi de l'attraction

Dernière mise à jour : 13 janv. 2021

Je croisais Caroline chaque matin sans réellement la connaître. Je lui ai proposé de réaliser son portrait. Derrière l’aplomb de la femme affairée, elle s’est ouverte et confiée, dans un entretien intime, honnête et éclairé. Au cœur de son histoire et de ses choix, elle témoigne de la nécessité de persévérer, pour mieux se trouver.


Caroline arrive, la démarche assurée. Elle me fait un signe dynamique et chaleureux de la main, le téléphone collé à l’oreille. Elle semble ravie de mon invitation à faire son portrait, tout autant que de la journée et des rendez-vous qui l’attendent. Si elle est aujourd’hui sur le point d’ouvrir son agence immobilière, son parcours a été « fait de bosses », de doutes et de remises en question.


Fille d’un père marocain et d’une mère sicilienne, elle est élevée dès son plus jeune âge dans un esprit de dépassement : « Pourquoi se contenter de ‘’bien’’, quand on peut avoir ‘’mieux’’ ? ».

Ses parents lui enseignent la valeur du travail, la nécessité de prendre ses responsabilités et de gagner correctement sa vie, pour ne dépendre de rien ni de personne. Sa grand-mère, quant à elle, lui transmet sa faculté à toujours voir grand : « Si tu vends des petits pois, tu gagnes des petits pois, si tu vends des diamants, tu gagnes des diamants ! ».


Bercée par le modèle de réussite de son père, qui a connu des moments de forte précarité avant d’assurer à sa famille un avenir confortable, Caroline a l’impression de devoir faire ses preuves. A la pression familiale ressentie s’ajoute une certaine forme de rivalité avec sa sœur : « Je me sentais comme le vilain petit canard, celle qui n'était pas douée et n'assurais pas à l'école ».


A 18 ans, en quête de liberté, Caroline parvient à décrocher une bourse et s’envole de l’autre côté de l’Atlantique. Elle profite de son année au Canada pour faire le point sur ses aspirations. A son retour, elle débute des études de commerce - un IUT Tech de Co - et commence sa carrière au guichet d’une banque. Elle apprécie les contacts réguliers avec la clientèle mais s’ennuie dans un poste qui ne la stimule pas. Elle change rapidement de cap et exerce sa force commerciale au sein d’une entreprise de distribution. Réjouie dans un premier temps par cette liberté retrouvée de s’organiser à sa façon et de gérer ses journées, la motivation des débuts laisse vite la place à la déception, le manque de reconnaissance se faisant de plus en plus pesant.

Caroline se lance un nouveau défi en devenant déléguée pharmaceutique. Mais le secteur est tendu, et son entreprise peine à acquérir des parts de marché. Elle reçoit les refus comme des échecs personnels, et décide à l’arrivée de son premier enfant d’arrêter de travailler pour se consacrer à sa famille.

Devenue mère au foyer pendant 7 ans, elle s’éloigne des conditions qui jusque-là la portaient : son statut, ses relations, son indépendance financière. Evoluant dans un milieu où la reconnaissance sociale passe par le métier exercé, elle ne se sent plus valorisée et perd pied. « Ce n’était pas la meilleure version de moi-même », me glisse-t-elle en souriant. Au cours de cette période, elle reste pourtant active, et aide notamment plusieurs amis expatriés à s’installer dans son pays. Cette expérience lui plait, elle y consacre de plus en plus de temps, et décide d’en faire son métier : « Je ne pouvais plus rester chez moi. Un matin au réveil, je me suis levée et me suis dit qu’il fallait absolument que je retourne travailler ! » Caroline passe son diplôme d’agent immobilier, rejoint un réseau reconnu, et fait rapidement ses preuves.


Ce qui lui plait au sein de l’agence ? Travailler de façon indépendante, tout en disposant d’une structure qui l’accompagne et lui fournit les clés nécessaires. Caroline s’épanouit enfin dans un métier où elle peut partager, guider ses clients, et recevoir la reconnaissance qui en résulte. Elle est stimulée par les forts challenges qui régulièrement peuvent se présenter. Elle aime son rythme de travail qui alterne intensité et repos mérité.


Allant parfois à l’encontre des pratiques d’un secteur très concurrentiel, la jeune-femme a confiance en ses valeurs : « Pour recevoir, il faut donner ». Elle choisit ainsi de collaborer avec ses collègues, plutôt que d'entrer en compétition : « Quand tu travailles en équipe, il faut partager la commission, cela ne convient pas à tout le monde ».


Quand je l'interroge sur les clés de son actuel succès (Caroline a été élue 12ème meilleure agent sur l'ensemble de son réseau), elle me répond simplement : « Je me montre telle que je suis, intègre et entière, et je fais de mon mieux pour toujours fournir un travail de qualité. Les clients se sentent rapidement en confiance car je suis honnête lorsque je réalise une estimation ».


Il faut dire que de la quadra émane une certaine prestance. Le regard franc, le ton posé, le look soigné, Caroline évolue avec assurance, et semble avoir éloigné les doutes du passé. Aujourd'hui, elle s'assume, dans ses forces et ses fragilités. Sa curiosité, sa sensibilité, sa soif de bouger ne sont plus des freins mais des alliés. Ambitieuse qui souhaite avant tout être appréciée, elle a aligné sa personnalité et ses besoins avec son métier. Elle tente désormais d'avancer en veillant à garder cette bienveillance envers elle-même.


L’avenir ? Elle l’imagine au sein de sa propre agence. L’expérience l’a confortée dans ses capacités à transmettre son savoir et à former des collaborateurs. Elle conclut l’entretien en évoquant la gratitude qu’elle ressent envers toutes les bonnes choses qui lui arrivent, et me cite la phrase qui conduit dorénavant ses pensées : « Tu attires à toi ce que tu émets ».


221 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout