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  • Sophie Caruelle

Virginie, "la matrice de soutien"

Dernière mise à jour : 24 févr. 2021

Virginie, petite blonde dynamique, vit de jour comme de nuit. Elle court sur le bitume comme dans les couloirs de l’hôpital, prête à surmonter les obstacles qui se présentent. Toujours en mouvement, je profite d’un moment de calme pour l’interroger sur son parcours.


C’est le ventre rond et le visage lumineux que la jeune-femme me raconte son chemin. Du plus loin qu’elle se souvienne, Virginie a toujours rêvé d’être médecin : « La machinerie du corps humain est incroyable, son fonctionnement fascinant, j’avais très envie de faire de la chirurgie ». Son bac scientifique en poche, elle se destine donc à la faculté de médecine. Malgré sa détermination, les deux premières années sont éreintantes. L’ampleur de l’engagement et des sacrifices à mener ne lui convient pas. Elle réfléchit donc à une autre voie. Sa mère, son pilier, la guide et l’accompagne dans cette réflexion en lui soumettant une idée : « Et pourquoi pas sage-femme ? ».


Virginie effectue un stage d’observation en clinique. Cela lui plait ! « Le métier demande à la fois du diagnostic et de la technicité, cela répondait à mes aspirations ». Elle passe avec succès le concours d’entrée à l’école des sages-femmes, et entre dans un milieu très féminin, à la discipline stricte. Le cursus de 4 ans allie théorie et pratique, et c’est lors d’un stage d’immersion qu’elle a le déclic : en salle d’accouchement, dans l’accompagnement des femmes prêtes à donner la vie, elle se sent parfaitement à l’aise. Ce métier, « c’est une vocation, si tu ne l’aimes pas, tu l’arrêtes tout de suite ». Rien de tel que de se confronter à la réalité pour valider son choix.


Elle décroche son premier emploi de l’autre côté de la frontière, et y découvre un statut bien différent. Si en France, les sages-femmes disposent d’un droit de prescription, peuvent suivre leurs patientes tout au long de la grossesse, et ne référent aux médecins qu’en cas de pathologie, au Luxembourg, elles exercent une profession « paramédicale », soumise à une moins grande liberté d’action. Les conditions de travail y sont cependant très bonnes et la jeune recrue s’intègre vite à son équipe.


Pendant 12 ans, elle travaille en salle d’accouchement. Elle y guide et soutient les mamans et les couples dans l’attente et dans la naissance de leur enfant. Chaque jour, des nouveautés et de l’imprévu. Virginie aime la diversité de son métier : « Toutes les femmes sont différentes, dans leurs personnalités, leurs vécus, leurs grossesses, il faut donc s’adapter ». Son travail est à la fois technique et relationnel. Elle se sent stimulée par les situations où il faut agir vite et les accouchements impromptus : « La salle d’accouchement, je suis faite pour ça, j’ai adoré ! ».


Elle évoque l’importance d’une équipe qui se connait bien : « Savoir qu’une collègue est apte à réagir, à aider, sans avoir à lui expliquer, c’est précieux ». Les praticiennes ont besoin de pouvoir se reposer les unes sur les autres, surtout dans les moments d’urgence. Chacune a ses compétences, ses points forts et ses faiblesses, et c’est en les partageant qu’elles peuvent s’entraider : « Si au quotidien des vies sont sauvées, c’est grâce à nos complémentarités ».


La force de Virginie, c’est sa faculté à accompagner émotionnellement les patientes : « Je suis très à l’écoute, j’ai un rôle de protection et de soutien ». Elle assiste les femmes et les couples dans leurs difficultés, accueille la douleur et les ressentis, uniques pour chaque histoire. Qu’il s’agisse de petits maux de grossesse ou de situations plus dramatiques (comme le deuil périnatal), elle sait être présente. Elle fait preuve d’empathie, sans pour autant se laisser envahir : « J’ai toujours plutôt bien réussi à laisser de côté le travail une fois le seuil de ma maison franchi ». C’est cet équilibre qui lui permet de conserver toute sa bienveillance et son dynamisme lorsqu’elle retourne sur le terrain.


Depuis 3 ans, la sage-femme a pourtant quitté la salle d’accouchement, un choix qui laisse plus de place à sa vie privée. Elle évolue maintenant en polyclinique, où elle est se charge des suivis de grossesse, des cours de préparation à la naissance, et des consultations urgentes. Les horaires sont plus adaptés à la vie de famille, elle ne travaille plus de nuit, et moins le week-end. L’intensité est retombée, mais l’équilibre personnel retrouvé.


En changeant de service, elle a dû développer de nouvelles compétences, notamment en soins post-opératoires de chirurgie esthétique ou de reconstruction. Il lui a fallu s’adapter quotidiennement, et acquérir une plus grande polyvalence. Si dans les premiers temps, il n’était pas évident de prendre la parole et d’être mise en avant lors des séances de préparation à l’accouchement, aujourd’hui Virginie se sent dans son élément. « Cela n’était pas facile non plus à mes débuts lorsque je devais conseiller des femmes - déjà mères - qui en savaient plus que moi sur l’arrivée d’un bébé ! » me dit-elle en souriant. Se sentir légitime et confiante prend du temps : « Ce métier m’a vraiment forgée, me permettant de sortir de ma zone de confort et de dépasser mes peurs ».


La suite, c’est un petit bébé, mais pour elle cette fois ! Un deuxième enfant qui viendra agrandir la famille, et lui faire découvrir sans aucun doute, une nouvelle facette de la parentalité, et de son métier.


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